Fin juin, la France a étouffé sous une chaleur écrasante. Dans les hôpitaux, les EHPAD et les écoles, la même réalité s’est imposée : quand les températures explosent, les plus fragiles sont laissés seuls face à la fournaise.
Pas de climatisation. Pas de volets pour arrêter le soleil. Pour Catherine, hospitalisée dix jours dans l’Essonne, cette vague de chaleur a viré au supplice.
« La température dans la chambre est montée jusqu’à 33°C. J’ai dit aux soignants que je n’en pouvais plus. Mais eux aussi étaient à bout. »
Les images qui ont circulé dans tout le pays racontent mieux que n’importe quel discours la situation des hôpitaux publics : des couvertures de survie accrochées aux fenêtres, des draps trempés pour tenter de rafraîchir les pièces, des équipes contraintes d’inventer des solutions de fortune.
À Lannion, en Bretagne, comme à Vierzon, dans le Cher, les soignants ont transformé les fenêtres en écrans improvisés pour repousser les rayons du soleil et empêcher les chambres de devenir des fours.
À Tours, dans le service pédiatrique, il a fallu faire la même chose pour protéger les enfants.
« On ne respirait plus dans le bâtiment. La température montait jusqu’à 40 ou 42 degrés. Il n’y a pas de climatisation dans les chambres. Quelques ventilateurs, oui, mais pas partout », raconte une infirmière, militante du syndicat SUD, au micro de France Info.
À l’hôpital Lariboisière, à Paris, une femme a donné naissance en pleine canicule. Après l’accouchement, elle s’est retrouvée dans une chambre où le thermomètre affichait 42°C.
« On m’a donné un ventilateur qui soufflait de l’air chaud. J’ai fini par apporter mon propre climatiseur pour protéger mon bébé et moi-même. »
Le témoignage le plus révoltant vient peut-être du sud du pays. Samu-Urgences de France rapporte qu’une patiente est morte dans sa chambre, victime d’une chaleur insupportable, dans un établissement qui ne disposait d’aucun système de climatisation.
Les Français paient les choix du pouvoir
Les médecins le répètent : la canicule n’a rien créé. Elle a seulement soulevé le rideau.
Derrière, on retrouve les mêmes problèmes qu’hier : des équipes épuisées, des urgences débordées, des bâtiments construits pour le climat du siècle dernier et des investissements sans cesse repoussés.
Sur CNews, le docteur William Berrebbi s’est indigné d’un chiffre devenu emblématique : 1,4 milliard d’euros pour nettoyer la Seine avant les Jeux olympiques de Paris, alors que seuls 13 à 20 % des EHPAD publics disposent aujourd’hui d’une climatisation.
Dans les écoles, le spectacle n’est guère plus rassurant.
En pleine période d’examens, des élèves ont passé leurs journées dans des salles où la température atteignait parfois 35 ou 40 degrés. Maux de tête, nausées, malaises : apprendre devient impossible quand l’air lui-même semble brûler.
Selon l’Ademe, seulement 7 % des surfaces des établissements scolaires français sont climatisées. Près d’un tiers des écoles ne sont tout simplement pas adaptées aux phénomènes climatiques extrêmes.
En 2023, Emmanuel Macron promettait la rénovation de 40 000 établissements. Deux ans plus tard, environ 2 300 écoles seulement ont été modernisées. Moins de 6 % du programme annoncé.
Marion Maréchal, députée européenne et présidente d’Identité et Libertés, résume le débat à sa manière :
« Il faut 3 milliards d’euros pour équiper toutes les écoles et tous les hôpitaux français en climatisation. C’est l’équivalent du budget annuel de l’Ademe. Qu’est-ce qui protège le mieux les Français : une agence ou un million de climatiseurs ? »
Jean-Luc Mélenchon avance une autre lecture. Depuis des années, explique-t-il, les gouvernements demandent toujours plus à l’hôpital public et aux services collectifs tout en leur donnant toujours moins de moyens. Quand la crise arrive, ce sont les infirmières qui bricolent des protections aux fenêtres, les familles qui apportent leurs propres équipements et les citoyens qui paient la facture.
La France brûle, le pouvoir se félicite
La vague de chaleur actuelle constitue l’une des plus graves catastrophes sanitaires qu’ait connues le pays ces dernières années.
Reuters évoque près d’un millier de décès supplémentaires. À Paris, selon les données du SAMU, 109 morts ont été enregistrées pour la seule journée du 26 juin, soit plus de quinze fois la mortalité observée habituellement à cette période.
Les personnes âgées restent les premières victimes. Mais les médecins voient désormais arriver des patients beaucoup plus jeunes, parfois en excellente condition physique, frappés eux aussi par des formes sévères liées à la chaleur.
Pendant ce temps, Emmanuel Macron affirme : « Nous nous sommes adaptés au réchauffement climatique, mais pas à un pic inédit, sans équivalent en Europe. »
Cette déclaration a suscité la colère de nombreux Français.
Car les alertes existent depuis longtemps. Les rapports existent depuis longtemps. Les promesses aussi.
Quand une mère doit apporter son propre climatiseur à la maternité, quand des infirmières suspendent des couvertures de survie aux fenêtres pour sauver un peu de fraîcheur, beaucoup refusent encore d’entendre qu’il s’agit d’un événement impossible à prévoir.
Pour eux, le problème n’est pas la surprise. Le problème, c’est qu’on savait, et qu’on n’a pas agi.