Conquérir les "libéraux" et éviter les "banlieues"... Une note interne révèle l'électorat à cibler pour Raphaël Glucksmann en vue de la présidentielle
C'est un document de 48 pages qui n'aurait jamais dû sortir du cénacle de l'équipe de campagne de Raphaël Glucksmann. Elaborée en mars 2026 à partir des données du think-tank Destin commun et l'institut de sondage Cluster 17, cette note interne, que le service politique de France Télévisions a pu consulter, confirmant une information de Politico(Nouvelle fenêtre), dresse le portrait-robot des "publics cibles" de Raphaël Glucksmann pour atteindre 20% à l'élection présidentielle de 2027 et espérer rassembler au moins 7,5 millions de voix. La synthèse, qui agrège plusieurs sondages, a été présentée le 10 mai aux équipes qui entourent l'eurodéputé dans sa préparation en vue de 2027.
L'auteur de la note, basée sur les données du think-tank et de l'institut de sondage, divise ces cibles en trois catégories, chacune représentée par un "personnage totalement fictif mais représentatif de nos cibles", explique le document. Le personnage de "Nathalie de Nantes, 57 ans, professeur de lettres" est ainsi censé représenter "les fidèles", "politiquement, plutôt acquis à RG" (les initiales de l'aspirant candidat), "bénévole dans une association qui aide les migrants", qui "adore aller au marché le samedi matin" et qui écoute "Cabrel, Stromae et Mylène Farmer".
La note décrit ensuite deux profils à conquérir : à gauche, ceux qui hésitent "entre Raphaël Glucksmann, et Tondelier ou Ruffin", représentés par le personnage de "Romain de Romainville, 43 ans, ingénieur chez EDF", et des profils de "conquête au centre" dont les sujets prioritaires seraient l'instabilité politique et le pouvoir d'achat, incarnés par "Gérard de Guérande, 68 ans, retraité".
Un document "caricatural" et "très maladroit"
Plus étonnant, le document identifie aussi des "cibles plus difficilement mobilisables" pour le patron de Place publique, pas encore lancé officiellement dans la course à la présidentielle : les 18-25 ans, les personnes gagnant moins de 1 500 euros, les habitants de banlieue ou encore des régions "Hauts de France, Paca, Corse et Grand Est". Conclusion de l'auteurde la note : ces cibles seraient "à éviter pour le moment". Il n'en fallait pas plus aux insoumis pour déduire, par la voix de la députée Clémence Guetté, que Raphaël Glucksmann "n'a jamais souhaité être un candidat de gauche. Sa stratégie, c'est d'incarner le renouveau macroniste. En abandonnant les ouvriers, les plus pauvres, les jeunes."
Le document met dans l'embarras les équipes de celui qui s'était classé troisième des élections européennes. "C'est un document froid, une photographie", explique son entourage à France Télévisions, reconnaissant malgré tout un résumé "caricatural" et "très maladroit". En réalité, le document serait, selon cette même source, une première version de la note. Un premier jet dont Raphaël Glucksmann aurait, selon nos informations, souhaité expurger la page sur les "cibles à éviter" avant de la présenter aux cadres de son parti.
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