La prochaine élection présidentielle aura lieu au milieu du printemps 2027. Pas de risque de canicule, a priori. Mais la question des fortes chaleurs peut-elle quand même enfiévrer les débats de la campagne ? "Ce sera la France des ventilateurs contre la France des climatiseurs", pronostique un ministre du gouvernement, issu du parti politique Les Républicains (LR), qui imagine l'apparition d'un clivage politique sur les questions d'écologie, et notamment sur les répercussions de l'usage de la climatisation. Avec ce présupposé : la gauche y serait hostile, à commencer par les écologistes, et la droite plutôt favorable.

© ISABELLE SOURIMENT / HANS LUCAS / AFP / Un climatiseur sur la façade d'une maison à Gimont (Gers), lors d'une précédente canicule, le 4 juillet 2025.
En réaction à la vague de chaleur qui doit durer jusqu'à la fin de cette semaine, l'extrême droite s'est emparée de ce sujet brûlant. Le groupe UDR ("Union des droites pour la République", ndlr) a annoncé récemment déposer une proposition de loi pour rendre obligatoire la climatisation dans les écoles et les Ehpad. "Choisissons la modernité et la sécurité des plus fragiles !", écrit le parti sur les réseaux sociaux.
Son allié le Rassemblement national (RN) a aussi fait remonter cette préoccupation plus haut sur la pile de ses dossiers. "Si je suis élue à l'élection présidentielle, je mettrai en place un plan massif de climatisation", a réaffirmé Marine Le Pen, en visite au salon parisien VivaTech, consacré à l'innovation technologique. Elle affirme vouloir cibler, en priorité, "les espaces où il y a les gens les plus vulnérables, les hôpitaux, les Ehpad, les écoles". "C'est une question de santé publique", défend-t-elle.
Sur cette question, le parti d'extrême droite se présente comme défenseur du bon sens face au dogmatisme de ses adversaires politiques. "Je sais bien que cela ne plaît pas aux écologistes, qui préfèrent installer des moulins à vent, des éoliennes dans les champs", ironise le député et porte-parole du Rassemblement national Laurent Jacobelli, invité de franceinfo en début de semaine. "Mais si nous sommes logiques, faisons confiance à notre énergie nucléaire, peu coûteuse, qui permettra d'alimenter nos climatiseurs." "Il n'est pas étonnant que le RN s'empare de ce sujet. Il tire son fil rouge, contre une écologie 'punitive'", décrypte Ariane Ahmadi, présidente de Kerman Consulting et conseillère en communication politique, qui juge cet argumentaire "populaire".
Cette canicule a aussi le double avantage de permettre au parti de Jordan Bardella d'attaquer le gouvernement sur son impréparation tout en se présentant comme sensible à la question du réchauffement. "Le RN cherche à faire oublier le déni climatique dans lequel il se complaît depuis des années", estime Agnès Pannier-Runacher, députée Ensemble pour la République et ancienne ministre de la Transition écologique. "Et maintenant que la température a franchi 30°C, Marine Le Pen sonne l'alarme avec une mesure gadget dont la mise en œuvre ferait exploser la facture énergétique des plus pauvres." La climatisation ne faisait pas partie des 11 points du programme pour l'environnement défendu par celle-ci lors de la présidentielle de 2022. Mais en juillet 2025, lors d'un précédent épisode de chaleur, le RN et l'UDR avaient déjà réclamé ce plan massif de climatisation.
"Je comprends que parler de climatisation soit porteur"
Jean-Luc Mélenchon a aussitôt réagi aux propos de Marine Le Pen auprès de franceinfo, depuis le même salon VivaTech, vendredi. "Il ne faut surtout pas faire ça. Climatiser partout, ça veut dire augmenter les dégâts", a répondu le candidat de La France insoumise à la présidentielle. "Allez mettre de la 'clim' partout, vous allez voir le résultat. Moi, je ne mets pas mon gosse, ou ma petite-fille, ou mon arrière-petite-fille, là où c'est de la clim du matin au soir", a-t-il poursuivi, préférant agir sur l'isolation des bâtiments.
Une position traditionnellement partagée par les partis de gauche, qui considèrent la climatisation comme plutôt néfaste pour l'environnement. L'Agence de la transition écologique (Ademe) rappelle que ce système de refroidissement rejette 4,4 millions de tonnes de CO2 annuellement en France, soit près de 5% des émissions du secteur du bâtiment. Les chercheurs, notamment du CNRS, pointent aussi le problème du rejet de la chaleur vers l'extérieur des bâtiments, qui fait grimper la température dans les rues en ville.
Pour autant, les Ecologistes s'attachent à nuancer leur discours sur la question depuis le début de cette vague de chaleur. Certes, leur leader Marine Tondelier fustige "des décennies d'inaction, de déni climatique et de la fabrique du doute" et met en avant sa proposition d'instaurer un congé climatique de cinq jours par an. Mais elle a aussi assuré, samedi sur LCI, que "la climatisation n'était ni un tabou, ni une solution à tout". Elle envisage elle aussi la possibilité d'équiper les hôpitaux et les écoles. "On n'a jamais été par principe contre la climatisation. Cela dépend des situations", abonde Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris.
Pour elle, les promesses sur la climatisation, portées par "une vision court-termiste", occultent les sujets essentiels : "Je comprends que ce soit porteur, alors que tout le monde ne rêve que d'avoir un peu de fraîcheur sur son visage, mais ça occulte tous les débats sur la végétalisation, la 'débitumisation' et autres investissements pérennes."
"Le débat n'est pas d'être pour ou contre"
Entre ces deux positions, les partis du bloc central revendiquent une forme de pragmatisme. "La climatisation n'est pas pire que le mal", juge l'ancien ministre de l'Economie Bruno Le Maire, invité de franceinfo lundi. "J'aimerais vraiment qu'en France nous puissions tous collectivement nous épargner ces débats idéologiques et que nous apprenions à regarder la réalité en face."
"Il faut privilégier les solutions passives et, évidemment, le cas échéant, pour les publics les plus fragiles, pouvoir développer la climatisation", explique, plus prudent, l'actuel ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, au micro de la radio RMC. "Le débat n'est pas d'être pour ou contre. Il serait absurde de s'opposer à la clim par principe et dogmatisme, mais ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga de l'adaptation au changement climatique."
La députée Agnès Pannier-Runacher rappelle que le gouvernement a adopté un Plan national d'adaptation au changement climatique en 2025, qui traite un éventail bien plus vaste de problématiques. "Ce débat n'est pas du tout au bon niveau. Bien sûr qu'il faut développer la climatisation, mais réduire le dérèglement climatique à cela témoigne d'un mépris profond pour ce sujet et pour la protection des Français face à ce défi", tacle-t-elle.
"Difficile de refuser aux gens qui vivent dans les passoires thermiques l'utilisation de climatisation", résume la communicante Ariane Ahmadi, pour qui cette question est aussi un sujet de consommation, et illustre la façon dont celle-ci est devenue "très politique" : "C'est comme prendre l'avion ou pas, utiliser sa voiture ou son vélo, s'habiller avec de la fast-fashion ou non... Dis-moi ce que tu achètes, je te dirai quel citoyen tu es."