DÉCRYPTAGE. Présidentielle 2027 : face à Édouard Philippe, le pari libéral de Gabriel Attal
À Rabastens (Tarn), il y a "un effet Attal". Ces derniers jours, plusieurs nouvelles adhésions ont été enregistrées par la section locale de Renaissance. Mais Rabastens n’est pas la France. Et à Paris, le camp Attal s’inquiète de l’échappée belle d’Édouard Philippe. Le ralliement de la ministre Maud Bregeon, cadre de Renaissance, et de Laurent Wauquiez, poids lourd des LR, a en effet permis au maire du Havre de prendre une nette longueur d’avance sur l’ancien ministre de l’Éducation. Aussi, depuis le début de la semaine, ce dernier multiplie-t-il les initiatives médiatiques afin de se démarquer de son concurrent et d’attirer l’œil des caméras.
Édouard Philippe fait de la "poloche", tentant de débaucher des cadres de Renaissance ou des LR ? Gabriel Attal, lui, va voir les Français. Jeudi, il était en visite à Villers-Cotterêts, où une élue centriste vient de battre un maire Rassemblement national (RN). Sur le marché, le patron de Renaissance y a serré des centaines de mains… Il sait que l’on reproche à son concurrent de ne pas être suffisamment aux côtés des Français, il en joue donc : "Je suis tout le temps sur le terrain, j’étais le week-end dernier dans les Landes à Sanguinet (...) je serai ce week-end à Marseille", assure-t-il comme on récite un cours de géographie. Alors que les "philippistes" seront enfermés dimanche dans une salle de meeting très parisienne avec un millier d’élus, lui assistera au Mondial de la pétanque dans les Bouches-du-Rhône. Cela s’appelle de la contre-programmation.
Une pratique qui s’applique aussi aux idées… Jeudi, dans une interview accordée au Parisien, le patron de Renaissance a dévoilé son programme en matière budgétaire. On l’imaginait jusqu’ici incarnant l’aile gauche de la Macronie, le voici plus libéral que jamais alors même que son adversaire adoucit ses propos sur les retraites et ne parle plus d’un âge de départ à 67 ans. L’objectif de Gabriel Attal : "zéro déficit en 2037". Pour y parvenir, le candidat décline un plan choc qui comprend : une année blanche sur l’ensemble des prestations sociales, une réforme du système de retraite et de l’assurance-chômage, mais surtout un vaste plan de départs volontaires de fonctionnaires, avec un objectif de 100 000 postes supprimés sur le quinquennat. François Fillon, en 2017, proposait d’en supprimer 500 000… Les ministères de l’Éducation nationale, des Armées, de la Justice et de l’Intérieur seraient préservés, assure Gabriel Attal, qui ne cite, en revanche, ni le ministère de la Santé ni celui de l’Environnement. Pour tenir ces engagements, le candidat dit même réfléchir "à une proposition qui avait été faite aux États-Unis : si le Parlement vote pendant une mandature des budgets qui endettent fortement le pays, les parlementaires ne pourraient se représenter à l’élection suivante".
L’ancien Premier ministre issu du PS s’éloigne de plus en plus de l’aile gauche de la Macronie qu’il incarnait encore au début du quinquennat. Il s’éloigne même de cet art du "en même temps" qu’il a longtemps cultivé. Lors de son passage au ministère des Comptes publics, il avait par exemple souhaité faire la chasse à la fraude sociale comme à la fraude fiscale, visant ainsi pauvres et riches… Mais cette fois, c’est un positionnement très à droite qu’il affiche, comme s’il entendait ainsi marcher sur les plates-bandes de son adversaire au lieu de le concurrencer sur un espace qu’Édouard Philippe, venu des LR, est bien en peine d’incarner : la social-démocratie.
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