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<title>manifeste - Yaka Fokon Grand Soir</title>
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<title>Pourquoi avons-nous besoin d’une décolonisation numérique ?</title>
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<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 20:21:59 +0000</pubDate>
<category>index</category>

<content:encoded><![CDATA[<p>La décision de Donald Trump d’interdire l’usage de modèles d’IA de l’entreprise Anthropic aux non américains nous rappelle une chose : nous sommes réduits à un état de dépendance numérique vis-à-vis des Etats-Unis. Les géants de la tech américains ont atteint en quelques années des niveaux de concentration de richesses et de pouvoir inédits dans l’histoire du capitalisme – et probablement de l’Humanité. Ils contrôlent des infrastructures vitales à la vie sociale. Ainsi, ils sont les acteurs dominants du capitalisme tributaire. Mais ce capitalisme a aussi un trait impérialiste. Ils servent les intérêts de l’empire nord américain et vice versa.</p> <p>1 – La colonisation numérique</p> <p>Les monopoles numériques nord américains contrôlent toute l’activité sociale numérique française :</p> <p>=&gt; Google contrôle 90% des recherches internet en France, le deuxième acteur étant Microsoft avec 5%</p> <p>=&gt; 65% des dépenses de Cloud en France vont à des entreprises américaines : Amazon, puis Microsoft, puis Google</p> <p>=&gt; Sur les 10 réseaux sociaux les plus utilisés par des utilisateurs français, 9 sont américains, et les 4 premiers appartiennent à une seule entreprise, Meta (propriétaire de Facebook, WhatsApp, Instagram et Messenger)</p> <p>=&gt; Plus de 90% des requêtes faite à des IA génératrices de langage par des français le sont à des modèles américain : ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google) et Claude (Anthropic)</p> <p>Cette omniprésence des Etats-Unis sur toute la chaîne de valeur du numérique et de l’IA implique une dépendance économique :</p> <p>=&gt; Un rapport a chiffré à 264 milliards d’euros le flux financier qui sort d’Europe vers les Etats-Unis pour payer les services cloud et logiciels utilisés par des européens</p> <p>=&gt; Pour la France, ce coût est de 54 milliards d’euros par an soit un tribut de 2% de notre PIB par an que nous payons pour pouvoir utiliser des infrastructures numériques sous contrôle américain</p> <p>=&gt; 80% des entreprises du CAC 40 utilisent la suite Microsoft 365, qui augmente le prix de l’abonnement régulièrement (+15% au 1er juillet 2026)</p> <p>=&gt; Amazon est de loin le premier site de commerce en ligne en France, avec près de 60% de la population française en visiteurs uniques mensuels, et récupère entre 8 à 15% des marges faites sur les ventes par des entreprises tierces</p> <p>L’Etat français est dépendant des services numériques des Etats-Unis</p> <p>=&gt; Le ministère de l’éducation nationale a renouvelé un contrat avec Microsoft en mars 2026</p> <p>=&gt; La DGSI (renseignements intérieurs) a prolongé un contrat avec Palantir en décembre 2025</p> <p>=&gt; La police nationale, comme la plupart des ministères français, utilise encore l’écosystème Microsoft</p> <p>Notre dépendance numériques aux Etats-Unis est comme une occupation militaire :</p> <p>=&gt; D’après la chercheuse Cecilia Rikap, « les centres de données américain fonctionnent comme des bases militaires américaine en pays étranger »</p> <p>=&gt; L’extraterritorialité des lois américaines, permettrait au gouvernement des Etats-Unis de demander à ses géants numérique l’accès à des données stockées par leurs services même en territoire non américain</p> <p>=&gt; Le cas du juge français Guillou à la Cour Pénale Internationale (CPI) illustre ce que peuvent faire les Etats-Unis : sanctionné par le gouvernement Trump, il ne peut plus utiliser Google (et tous ses services), aucun service de paiement en ligne (qui dépendent tous de couches techniques US), Amazon, Airbnb, etc.</p> <p>2 – Les problèmes du modèle numérique et de l’IA des Etats-Unis</p> <p>Écologiquement irresponsable</p> <p>=&gt; Aujourd’hui, certains cluster de centre de données consomment autant d’énergie que la Bolivie ; Meta est en train de construire un centre qui consommera autant d’énergie que l’Autriche, la Finlande ou la Roumanie</p> <p>=&gt; D’ores et déjà, il faut l’équivalent de 40 centrales à charbon pour faire fonctionner les centres de données installés aux Etats-Unis</p> <p>=&gt; Les data centers consacrés à l’IA consomment désormais plus d’eau que l’eau en bouteille du monde entier</p> <p>Un outil d’exploitation des travailleurs</p> <p>=&gt; L’IA est surtout déployée dans les environnements de travail pour accroître la surveillance et la discipline</p> <p>=&gt; Amazon est une des entreprises qui a le plus tôt déployé des systèmes d’IA dans ses entrepôts : commande vocale pour générer des tâches aux salariés, logiciel « time off task » qui mesure chaque « temps mort » passé à faire autre chose que travailler. Résultat : les accidents du travail y sont 80% supérieurs aux autres entreprises logistiques</p> <p>=&gt; Dans les bureaux, ou dans le cadre du télétravail, des logiciels sont installés sur les ordinateurs qui, à partir de beaucoup de données (touches du clavier, mouvements de souris, etc.) génèrent des scores de performance</p> <p>Un outil de surveillance des populations et de guerre</p> <p>=&gt; Depuis quelques mois, il y a un pivot des géants de l’IA du civile vers le militaire : Google, Facebook et OpenAI ont tous les 3 supprimés de leurs engagements écrits l’interdiction de l’utilisation de l’IA à des fins militaires. Tous les GAFAM ont signé ces dernières années des contrats géants avec le département de la guerre US et/ou la CIA</p> <p>=&gt; Pour le génocide à Gaza, l’armée israélienne a utilisé un logiciel IA pour « générer des cibles ». De même, lors de l’attaque de l’Iran, les Etats-Unis ont utilisé le modèle Claude d’Anthropic pour préparer l’offensive et au quotidien pendant celle-ci.</p> <p>3 – Promouvoir un contre-modèle du numérique et d’IA</p> <p>Une décolonisation numérique possible</p> <p>=&gt; La France peut s’appuyer sur des atouts à différents niveaux de la chaîne de valeur du numérique :</p> <p>Modèles : il y a en France l’entreprise MistralAI ou AMIlabs (entrepris de Yann Le Cun) <br>Supercalculateurs : la France a un supercalculateur public, Jean Zay, et l’entreprise Bull (nationalisée) qui les fabrique<br>Câbles sous-marins : la France possède Alcatel Submarine Networks (ASN), un leader pour la fabrication et la pose des câbles<br>Données et Cloud : OVH Cloud est le plus grand acteur européen et il est français<br>Puces : les Etats français et italien sont actionnaire majoritaire de l’entreprise STMicroelectronics <br>=&gt; Certaines de ces entreprises sont déjà nationalisées (Bull, ASN, ST microelectronics) mais pour les autres, l’Etat français pourrait entrer au conseil d’administration, intégrer ces entreprises dans une planification globale, orienter leur développement via l’investissement public</p> <p>Des petits modèles spécialisés</p> <p>=&gt; Il existe un autre chemin à celui de l’IA généraliste poursuivi par les géants américains : développer des « petits modèles » très spécialisés dans un domaine, donc entrainés sur moins de données, de 10 à 50 fois plus efficaces écologiquement, nécessitant des puces et des centres de données moins chers et souvent meilleurs dans leur domaine que les grands modèles US</p> <p>=&gt; Il existe des exemples de modèles, spécialisés en santé, ou en droit (les français Owkin ou Doctrine par exemple) qui battent ChatGPT, Claude ou Anthropic sur leurs tâches. La Chine développe aussi des modèles très spécialisés sur des tâches industrielles, comme le contrôle qualité par exemple</p> <p>=&gt; Cette stratégie ouvre la possibilité pour concevoir des modèles co-construits entre ingénieurs et représentants des métiers (syndicats) pour qu’ils viennent améliorer le travail humain et non intensifier l’exploitation</p> <p>Une IA concentrée sur la recherche et la santé</p> <p>=&gt; Des modèles spécialisés d’IA ont aussi beaucoup de potentiel pour accélérer la recherche scientifique ou dans la santé</p> <p>=&gt; En 2024, le prix Nobel de chimie a récompensé les créateurs d’un logiciel permettant de prédire la forme des protéines, et donc accélérant la recherche pour comprendre certaines maladies</p> <p>=&gt; Des études ont montré que l’IA peut aider à repérer beaucoup plus précocement les cancers – un algorithme du MIT détecte par exemple le cancer du sein jusqu’à 5 ans avant l’apparition de premiers symptômes. En France, l’entreprise Owkin est spécialisée dans la création d’IA pour aider diagnostics et traitements personnalisés en partenariat avec l’APHP.</p> <p>Préparer le prochain saut technologique</p> <p>=&gt; Yann Le Cun, considéré comme l’un des « pères fondateurs » de l’IA, cherche désormais avec son entreprise française à poursuivre une nouvelle révolution de l’IA, celle des modèles qui savent se repérer dans le monde (et non générer du langage ou des images).</p> <p>Entre les délires transhumanistes des seigneurs de la tech et le rejet systématique des nouvelles technologies, il y a une voie étroite, ni techno-aveuglée, ni techno-affolée. La France doit s’engager dans un plan de décolonisation numérique pour au moins deux raisons. D’abord car notre dépendance pour notre vie sociale numérique aux Etats-Unis s’apparente par certains aspects à une occupation militaire. Ensuite, car elle doit être capable de proposer un chemin original de déploiement du numérique et de sa nouvelle frontière : l’IA. Nous nous inscrivons en faux contre l’illusion de la poursuite d’une IA sous forme d’un « génie universel » pouvant remplacer les humains dans tous les domaines. Celle-ci cache mal une IA déployée par l’oligarchie pour mieux dominer les peuples. Au contraire, notre vision repose sur l’idée que les machines doivent être mises au service des êtres humains pour soulager leur peine, les aider à accomplir des progrès dans les domaines où ils l’ont décidé. Pour construire un autre numérique et une autre IA, il faudra non seulement consolider les acteurs français indépendants des infrastructures des Etats-Unis, mais aussi développer des solutions basées sur le travail coopératif, la libre circulation des connaissances : des communs numériques.</p>]]></content:encoded>
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<title>« Nouvelle France », anatomie d’un contresens politique</title>
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<pubDate>Fri, 22 May 2026 20:55:42 +0000</pubDate>
<category>index</category>

<content:encoded><![CDATA[<p>À rebours des accusations de communautarisme et d’identitarisme, Jean-Paul Sartre aide à comprendre que la « Nouvelle France » ne renvoie pas à une identité nouvelle, mais à des conditions historiques communes à partir desquelles un universel politique peut se reconstruire.</p> <p>Il est des concepts qui révèlent, par les réactions qu’ils suscitent, la structure même du champ politique dans lequel ils interviennent. La « Nouvelle France » est de ceux-là. Depuis que ce concept a été mis en circulation dans le débat public par La France insoumise, il fait l’objet d’une critique remarquablement convergente qu’il faut interroger dans sa logique avant d’en réfuter le contenu. De droite et de gauche, on lui adresse le même reproche, celui de fracturer la France entre une « nouvelle » et une « ancienne », de produire un identitarisme de substitution, de découper le corps social selon des critères ethnico-culturels déguisés en sociologie, et de promouvoir un communautarisme que son emballage universaliste ne suffirait pas à dissimuler. Retailleau y voit une France « wokiste ». Ruffin y lit l’abandon de la « vraie » France populaire, celle des bourgs et des zones périphériques déindustrialisées. Le PCF s’inquiète d’un glissement identitaire qui trahirait la tradition universaliste de la gauche. La liste est longue, et elle est étrangement concordante.</p> <p>Cette concordance mérite en elle-même un examen. Quand des adversaires politiques aussi éloignés que Retailleau et Ruffin, le Rassemblement national et une fraction du mouvement ouvrier organisé, convergent vers exactement la même critique, l’hypothèse raisonnable n’est pas qu’ils ont tous raison simultanément. C’est qu’ils partagent tous un même présupposé, celui qu’il s’agirait précisément d’interroger. Ce présupposé est l’idée qu’il existerait une France donnée, une essence française préexistante dont la « Nouvelle France » serait soit la négation (côté droit), soit la trahison (côté gauche). Autrement dit, tous pensent la France comme une identité, et ils ne débattent entre eux que de son contenu. Or c’est exactement contre cette conception-là que le concept intervient. Le malentendu est donc constitutif et instructif à la fois. La critique n’a pas saisi ce qu’elle attaquait. Elle a répondu à une question que le concept ne posait pas, parce qu’elle était incapable d’entendre celle qu’il posait réellement.</p> <h2>Contre l’essentialisme identitaire</h2> <p>Pour comprendre ce que le concept de « Nouvelle France » fait réellement, un détour philosophique s’impose, un détour qui n’en est pas un à proprement parler puisqu’il va directement au cœur du problème. En 1945, dans une conférence restée célèbre, Sartre énonce une distinction qui engage tout ce qui suit.</p> <p>« S’il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n’est pas par hasard que les penseurs d’aujourd’hui parlent plus volontiers de la condition de l’homme que de sa nature. Par condition ils entendent avec plus ou moins de clarté l’ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l’univers. »</p> <p>Le déplacement est décisif. Ce que Sartre invalide ici est une forme de pensée très précise, l’essentialisme, soit la prétention de définir a priori ce que les êtres sont et ce qu’ils doivent être, de fixer avant toute expérience une essence qui précède l’existence et la commande. La philosophie classique avait pensé cette essence comme l’ensemble des propriétés nécessaires et immuables définissant l’homme en tant qu’homme, l’homme rationnel, l’homme politique. C’est une pensée de type prédicatif, une pensée qui répond à la question « qu’est-ce que c’est », c’est-à-dire à la question de l’essence. L’essentialisme ainsi compris est le soubassement philosophique de tout identitarisme. Définir un groupe, une nation, un peuple, une classe, par ses propriétés essentielles, c’est produire une identité fermée à partir de laquelle on inclut et on exclut, et c’est précisément ce geste que Sartre invalide, non pas parce que les hommes n’auraient rien en commun, mais parce que ce qu’ils ont en commun n’est pas une essence mais une condition.</p> <p>« Les situations historiques varient : l’homme peut naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. Ce qui ne varie pas, c’est la nécessité pour lui d’être dans le monde, d’y être au travail, d’y être au milieu d’autres et d’y être mortel. »</p> <p>Ces constantes ne sont pas des propriétés essentielles et ne définissent pas une substance. Ce sont des limites à partir desquelles tout projet humain se déploie, quelle que soit l’époque, quelle que soit la situation historique singulière.</p> <p>« Les limites ne sont ni subjectives ni objectives ou plutôt elles ont une face objective et une face subjective. Objectives parce qu’elles se rencontrent partout et sont partout reconnaissables, elles sont subjectives parce qu’elles sont vécues et ne sont rien si l’homme ne les vit, c’est-à-dire ne se détermine librement dans son existence par rapport à elles. »</p> <p>La condition n’est pas un fait brut qui s’imposerait mécaniquement de l’extérieur, mais elle n’est pas non plus une simple projection subjective. Elle est la structure objective à l’intérieur de laquelle un sujet se constitue en se déterminant par rapport à elle. On ne peut pas ne pas y répondre, mais la manière d’y répondre est toujours, selon Sartre, libre, singulière, ouverte.</p> <p>De là découle la conséquence la plus décisive pour la question politique qui nous occupe. Si les hommes ne partagent pas une essence figée mais une condition, alors l’universel n’est pas donné mais construit.</p> <p>« Il y a une universalité de l’homme ; mais elle n’est pas donnée, elle est perpétuellement construite. Je construis l’universel en me choisissant ; je le construis en comprenant le projet de tout autre homme, de quelque époque qu’il soit. »</p> <p>L’universel n’est pas le nom d’une substance commune qui préexisterait à la diversité des situations. Il est ce qui se produit quand des singularités se reconnaissent mutuellement dans des conditions partagées. Ce que Sartre ajoute immédiatement est aussi important que la thèse elle-même.</p> <p>« Cet absolu du choix ne supprime pas la relativité de chaque époque. »</p> <p>L’universel construit n’est pas un universel abstrait flottant au-dessus des situations historiques particulières. Il est toujours situé, toujours daté, toujours ancré dans une configuration historique déterminée. Il est universel non pas parce qu’il transcende l’histoire mais parce qu’il est compréhensible, parce que tout autre sujet, placé dans une situation analogue, peut retrouver en lui-même le projet qui l’anime.</p> <p>Ce déplacement de l’essentialisme à la condition, de l’identité donnée à l’universel construit, constitue le geste philosophique central du concept de « Nouvelle France », et c’est précisément ce que l’ensemble de ses critiques, de droite comme de gauche, n’a pas saisi ou a refusé de voir.</p> <h2>L’universalisme comme masque de l’identitaire</h2> <p>La critique de droite et d’extrême droite est, dans sa brutalité même, la plus facile à retourner. Elle consiste à reprocher à la « Nouvelle France » d’être identitaire au moment précis où elle-même définit la France comme une identité culturelle, historique, civilisationnelle, dont certains seraient porteurs et d’autres, irrémédiablement, non. L’accusation est donc performative au sens exact du terme. C’est parce que ses auteurs pensent eux-mêmes la France comme une essence qu’ils ne peuvent lire dans tout concept concurrent qu’une essence adverse.</p> <p>Retailleau, les polémistes du Figaro et les théoriciens du « grand remplacement » posent la question « qu’est-ce que la France » dans les termes d’une essence, c’est-à-dire dans les termes exactement que Sartre avait identifiés comme le geste essentialiste par excellence. La France serait définie par des racines chrétiennes, une langue, une histoire, une civilisation, un mode de vie. Elle serait définie par ses propriétés immuables, transmissibles uniquement selon des voies qu’on peut à peine ne pas appeler héréditaires. Et si quelque chose d’autre apparaît sur ce territoire, des pratiques culturelles différentes, des récits de soi distincts, des manières d’habiter la République qui ne correspondent pas à l’image officielle, c’est une déviation, une altération, une menace pour l’intégrité de l’essence.</p> <p>Cela signifie que la France est pensée comme une identité fermée qui préexiste à ceux qui la peuplent, les précède et les somme de s’y conformer. C’est, transposé au plan national, la même structure logique que le racisme, soit poser d’abord l’essence, ne reconnaître ensuite comme pleinement légitime que ceux qui y correspondent, et traiter tous les autres comme des corps étrangers dans l’organisme national. Que cette essence soit définie en termes biologiques ou culturels est secondaire. Les tenants de l’« identité nationale » ont appris depuis longtemps à substituer le culturel au biologique sans modifier d’un iota la structure du raisonnement.</p> <p>La « Nouvelle France », en revanche, ne définit pas une nouvelle identité. Elle ne dit pas que les vrais Français sont désormais ceux-ci plutôt que ceux-là. Elle enregistre une mutation objective des conditions dans lesquelles se construit l’expérience sociale sur le territoire français et nomme ce que vivent, structurellement, des millions de personnes en France, la précarité du travail ubérisé, la recomposition postcoloniale des familles et des quartiers, l’expérience de la relégation géographique, le rapport nouveau à l’égalité des sexes, la présence massive de trajectoires sociales qui n’entrent pas dans les représentations dominantes de la « France qui travaille ». Ce n’est pas une identité mais une condition au sens sartrien du terme, un ensemble de limites objectives et subjectives à partir desquelles se construisent des projets singuliers qui peuvent se reconnaître les uns les autres.</p> <p>Accuser ce concept d’identitarisme, c’est donc commettre une erreur de catégorie fondamentale. On lui reproche de promouvoir une nouvelle identité alors qu’il est précisément le refus de penser en termes d’identité. Et c’est la droite, dans cette controverse, qui opère réellement selon la logique identitaire, elle qui défend une France définie par ses propriétés supposément immuables contre la réalité objective d’une France qui a changé. Le retournement est complet. Ce qu’on accuse d’identitarisme est anti-identitaire par construction. Ce qui accuse est identitaire par définition.</p> <h2>L’universel sans conditions</h2> <p>La critique venue de la gauche est plus complexe, parce qu’elle partage des présupposés philosophiques avec le concept qu’elle attaque, et c’est précisément cet accord partiel qui la rend instructive sur ses propres impasses.</p> <p>François Ruffin a formulé cette critique en prétendant que la « Nouvelle France » serait le signe d’un abandon de la France périphérique, de la France ouvrière des petites villes et des zones déindustrialisées. Le concept signalerait un repli sur les quartiers populaires des grandes agglomérations, sur une jeunesse urbaine et mobile, sur les descendants d’immigration, au détriment de ceux qui constitueraient la base naturelle et légitime d’une gauche populaire authentique.</p> <p>Le paradoxe de cette critique est qu’elle est elle-même géographiste et, en un sens profond, identitaire. Elle suppose qu’il existerait une « vraie » base populaire définie par des critères de localisation, la France périphérique, les petites villes, les zones rurales. Or Benoît Coquard a démontré de manière rigoureuse dans ses travaux que le fait d’être rural ou urbain n’explique qu’une fraction marginale des comportements électoraux qu’on lui attribue. Ce qui explique le rapport politique de ces populations, c’est la position de classe et, plus précisément, la structure de la dignité que chaque offre politique propose à ses destinataires. La « France périphérique » dont parle Ruffin n’est pas un territoire. C’est une certaine configuration des rapports sociaux, qu’on retrouve dans les banlieues comme dans les campagnes, et c’est lui, non pas le concept qu’il critique, qui substitue une catégorie de territoire à une catégorie de classe.</p> <p>La « Nouvelle France » ne découpe pas la carte en zones électoralement rentables. Elle nomme une recomposition de la condition populaire qui s’est produite objectivement depuis quarante ans, tertiarisation du salariat, entrée massive des femmes dans le travail rémunéré, présence croissante des populations d’origine postcoloniale dans les emplois peu qualifiés et peu protégés, ubérisation de pans entiers du travail, développement des emplois du soin et de la logistique. Cette recomposition ne produit pas un « nouveau peuple » différent de l’« ancien » mais une nouvelle configuration de ce que c’est qu’être dans une position populaire en France en 2025. Ruffin se bat pour que la gauche parle à ceux qui travaillent dans les entrepôts de l’Aisne, mais les entrepôts de l’Aisne, précisément, sont remplis de ceux qui composent la « Nouvelle France ».</p> <p>Ce qui est en cause, au fond, c’est une image du peuple forgée dans la France industrielle des années 1960-1980, avec son ouvrier masculin, blanc, syndiqué, habitant une zone de vieille implantation ouvrière. Cette image a été réelle. Elle ne l’est plus exclusivement ni même majoritairement. Et le problème politique n’est pas de choisir entre l’ancienne image et la nouvelle mais de partir de la réalité telle qu’elle est pour construire une politique qui lui corresponde. L’insistance sur la France périphérique comme seul lieu légitime de la politique populaire revient à poser a priori une essence du peuple, une identité fixe, plutôt qu’à en enregistrer la condition réelle.</p> <p>La critique du PCF de Fabien Roussel opère sur un registre différent mais converge vers la même impasse. Elle invoque l’universalisme républicain et la tradition internationaliste contre ce qui serait un glissement communautariste. Mais cette invocation suppose que l’universalisme aurait déjà été réalisé dans les formes politiques de la gauche ouvrière du XXᵉ siècle. Or cette figure du « travailleur » ou du « citoyen » n’est pas universelle. Elle est le produit d’une histoire particulière avec ses angles morts bien documentés, les travailleurs coloniaux maintenus dans des statuts juridiques distincts, les femmes cantonnées au travail domestique et présentées comme naturellement hors du champ syndical, les migrants traités comme variable d’ajustement sans être pleinement intégrés dans les luttes. L’« universel » ouvrier avait, en pratique, exclu ou maintenu dans une invisibilité relative des fractions entières de ceux qui travaillaient et souffraient.</p> <p>Ce faisant, la critique du PCF reconduit exactement une logique identitaire, fût-ce dans une version progressiste, qui consiste à livrer une définition a priori de ce que doit être le sujet politique légitime et à disqualifier tout ce qui n’y correspond pas comme insuffisamment universel, trop particulier, trop identitaire. L’ironie de la situation est que c’est au nom de l’universalisme qu’on refuse d’interroger les limites d’un universel qui n’a jamais été tout à fait ce qu’il prétendait être.</p> <h2>L’universel construit</h2> <p>La « Nouvelle France » est d’abord un enregistrement. Elle enregistre une réalité objective dont la description est disponible dans les données de l’INSEE, dans les travaux des sociologues, dans les enquêtes sérieuses sur les transformations du salariat, et que personne ne conteste dans sa factualité mais seulement dans son interprétation politique.</p> <p>En quelques décennies, la composition sociale de la France a subi des transformations de fond. La classe ouvrière industrielle, qui représentait près de 40 % de la population active dans les années 1970, en représente moins de 21 % aujourd’hui. En face se sont développés massivement les emplois du soin, de la logistique, de la distribution, du nettoyage, emplois sous-payés, souvent précaires, fréquemment occupés par des femmes et par des descendants d’immigration postcoloniale. La France est passée d’une urbanisation de 55 % à plus de 80 %. Un Français sur quatre a désormais au moins un grand-parent né hors de France. La situation des femmes dans le travail et dans la vie publique a changé plus profondément en cinquante ans que dans les cinq siècles précédents.</p> <p>Ces mutations ne sont pas des constructions idéologiques. Ce sont des faits. Et ces faits posent une question simple. Quelle politique correspond à cette réalité ? Quel discours politique nomme correctement ceux qui peuplent la France contemporaine, qui travaillent dans ses entrepôts et ses EHPAD, qui habitent ses banlieues et ses quartiers populaires, qui font tourner une économie qui les exploite sans les représenter ? On peut choisir de continuer à leur parler avec les catégories élaborées pour la France de 1970, ou on peut nommer ce qu’ils vivent, non pas pour produire une nouvelle identité, mais pour reconnaître une condition.</p> <p>Mais nommer la condition ne suffit pas. Il faut encore comprendre pourquoi ni l’universalisme de la droite ni celui d’une certaine gauche ne peuvent y correspondre. L’universel dont se réclame la droite est un universel donné, une France déjà là, déjà définie, dont l’identité serait à défendre contre les forces qui la menacent. C’est un universel essentialiste. Il existe indépendamment des projets et des actions de ceux qui le peuplent, il précède leur existence, il les somme de s’y conformer. C’est l’universel du musée, de l’héritage préservé. Sa clarté est réelle, mais c’est la clarté de la pétition de principe, qui pose comme préalable exactement ce qui est en question.</p> <p>L’universel dont se réclame la gauche traditionnelle est structurellement analogue. Il pose l’existence d’une figure du peuple dont l’universalité aurait déjà été réalisée ou serait sur le point de l’être si l’on revenait aux fondamentaux. Lui aussi suppose qu’on peut définir a priori ce qu’est le sujet politique légitime. Lui aussi procède par exclusion implicite, en déclarant insuffisamment universels ceux qui ne correspondent pas à la figure posée. Lui aussi pense l’universel comme donné plutôt que comme construit.</p> <p>L’universel que construit le concept de « Nouvelle France » relève d’un tout autre registre. C’est l’universel perpétuellement construit que Sartre décrivait, celui qui se produit dans le mouvement même de la reconnaissance mutuelle, non pas par l’identification à une essence commune mais par la compréhension de projets singuliers à partir de conditions partagées. Il ne dit pas que nous sommes tous la même chose, que nous avons tous la même histoire, que nous partageons tous les mêmes valeurs immémoriales. Il dit que nous vivons des limites comparables, que nous nous confrontons aux mêmes impossibilités structurelles, et que c’est à partir de cette co-situation que quelque chose peut se construire ensemble, quelque chose qui n’est pas l’effacement des différences mais leur traversée par une logique politique commune.</p> <p>Ce déplacement transforme radicalement la conception du sujet politique. Un identitarisme présuppose toujours une appartenance. On appartient à un peuple, à une classe, et c’est cette appartenance qui fonde la solidarité. Elle est statique, rétrospective, exclusive. Elle divise toujours entre ceux qui appartiennent et ceux qui n’appartiennent pas. La condition, en revanche, ne définit pas une appartenance mais une situation. Et une situation peut être partagée par des individus très différents, par l’ouvrière du nettoyage née à Bamako et par l’ancien ouvrier de Florange né à Longwy, par la jeune femme de Villiers-le-Bel qui fait des études de médecine et par le livreur Deliveroo de Lyon. Ce qu’ils partagent, ce n’est pas une identité mais une condition, la même exposition à la précarité économique, la même distance par rapport aux lieux où se prennent les décisions qui les concernent, la même expérience d’être gouvernés depuis l’extérieur.</p> <h2>La France qui s’affirme</h2> <p>La solidarité avec la Palestine en est le test le plus brutal. Quand des milliers de personnes défilent en France pour le peuple palestinien, l’accusation de communautarisme est déployée immédiatement. Pourtant ce qui unit ces cortèges n’est pas une identité partagée. On n’a pas besoin d’être arabe, ni musulman, ni palestinien pour y marcher. Ce qui les unit, c’est d’abord la reconnaissance d’un génocide, et au-delà, des singularités dispersées par des histoires différentes, des origines différentes, des positions sociales sans commune mesure, se reconnaissent dans une configuration commune non parce qu’elles seraient identiques mais parce qu’elles partagent structurellement les mêmes limites, domination coloniale, déni du droit à exister comme sujet politique, invisibilisation dans le système de représentation international, traitement comme problème à gérer plutôt que comme sujet à entendre. Ceux qui ont vécu la relégation et le double standard dans l’attribution des droits n’ont pas besoin d’être palestiniens pour reconnaître dans cette condition quelque chose qu’ils connaissent depuis une expérience plus proche. Ce n’est pas du communautarisme. C’est la constellation à l’œuvre, non pas la fusion des identités mais la reconnaissance, depuis des positions dispersées, d’une même négation structurelle que le même ordre mondial produit de part et d’autre de la Méditerranée.</p> <p>La Nouvelle France n’est pas une identité, c’est une condition. Elle ne dit pas « qui on est », ce qui serait le registre de l’identité. Elle dit « ce que nous vivons », ce qui est le registre de la condition. Et cette différence engage tout un programme politique. Une identité se réclame, demande à être reconnue par un autre qui dispose du pouvoir de la valider ou de la nier. Une condition ne demande pas à être reconnue. Elle est vécue. Ce qui se produit quand la Nouvelle France se rend visible dans les urnes, dans les cortèges, dans les meetings, ce n’est pas d’abord l’expression de revendications identitaires. C’est une affirmation de présence au sens plein du terme, l’affirmation collective que cette France-là est là, qu’elle compte, qu’elle existe politiquement plutôt que statistiquement.</p> <p>C’est précisément ce qui explique la réaction, et pour en saisir toute la portée, il faut distinguer deux régimes de la dignité politique que le concept de « Nouvelle France » implique sans toujours les nommer. La dignité comme demande interpelle l’autre, le pouvoir, l’État, l’opinion dominante, pour réclamer d’eux reconnaissance, comptage, représentation. Elle reste dans la logique de la reconnaissance, dans un rapport où l’existence du sujet est suspendue à la réponse de celui à qui il s’adresse. Cette logique n’est pas sans valeur et les luttes pour la reconnaissance ont arraché des droits réels. Mais elle a une limite structurelle. Elle laisse à l’adversaire le pouvoir de répondre ou de ne pas répondre, d’accorder ou de différer. Elle reste dans le registre de ce que les systèmes politiques savent traiter. Une demande peut être négociée, récupérée, instrumentalisée.</p> <p>La dignité comme acte ne s’adresse pas. Elle affirme. Elle ne demande pas l’autorisation d’exister politiquement. Elle fait l’acte par lequel cette existence s’effectue. Faire campagne en comptant sur rien d’autre que la force de ceux qui sont là, sans attendre que les sondages valident la démarche ni que les médias lui accordent la légitimité qu’ils réservent à d’autres, c’est le registre de l’acte et non de la demande. Une identité calcule, parce qu’elle a besoin d’être reconnue pour se sentir légitime. Une condition, elle, est déjà là, massivement, structurellement. Ce qui lui manque n’est pas un seuil de légitimité mais l’acte d’effectuation par lequel elle devient sujet politique plutôt que variable démographique.</p> <p>La panique que cette présence produit, et c’est bien de panique qu’il s’agit au sens clinique, se produit face à quelque chose qui ne demande pas mais qui affirme, qui ne supplie pas mais qui apparaît. Reconnaître la « Nouvelle France » comme réalité, c’est admettre que la représentation dominante de la France avait été construite sur son occultation. C’est admettre que l’universalisme républicain dont se réclamaient aussi bien la droite classique que la gauche réformiste avait, en pratique, un contenu particulier, une France qui ressemblait à certains et pas à d’autres, des institutions qui représentaient certaines trajectoires et pas toutes.</p> <p>La « Nouvelle France » n’est pas nouvelle au sens où elle aurait soudainement surgi. Elle travaille et habite depuis des décennies. Ce qui est nouveau, c’est qu’elle s’affirme dans des espaces symboliques et politiques où l’on avait organisé son absence, dans la vie politique, dans la représentation électorale, dans le débat public. Et cette apparition ne prend pas la forme d’une revendication adressée à ceux qui l’avaient maintenue invisible. Elle prend la forme d’un fait accompli, d’une présence qui s’impose à la représentation sans lui demander l’autorisation de s’y inscrire.</p> <p>***</p> <p>La France de 2025 n’est pas la France de 1958. Ce n’est pas une défaite. C’est une réalité. Et nommer cette réalité n’est pas fracturer la France. C’est refuser de continuer à gouverner une fiction.</p> <p>L’universel est perpétuellement construit. Il ne se défend pas. Il se fait. Il se fait dans la reconnaissance, à travers toutes les différences de trajectoires et d’histoires, de ce que nous vivons ensemble, de ce qui constitue notre condition commune sur ce territoire, dans cette époque, face à ces forces qui nous y ont placés. Ce n’est pas une identité. C’est une condition. Elle ne dit pas qui on est. Elle dit ce que nous vivons. Et c’est à partir de là, seulement à partir de là, que quelque chose comme un universel politique peut se construire, non pas en niant la diversité des situations mais en la traversant.</p>]]></content:encoded>
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<title>Jean-Luc Mélenchon, la grande explication sur sa candidature</title>
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<pubDate>Sat, 09 May 2026 20:48:16 +0000</pubDate>
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<content:encoded><![CDATA[<p>LA TRIBUNE DIMANCHE — Emmanuel Macron a prévenu son homologue iranien qu’il n’y aurait aucune levée des sanctions contre Téhéran tant que le détroit d’Ormuz resterait bloqué. Partagez-vous la position du chef de l’État ?</p> <p>JEAN-LUC MÉLENCHON — Non. Elle est inadmissible, même quand on combat comme moi les régimes théocratiques. Car l’Iran est en état de légitime défense : elle est agressée par deux pays, les États-Unis et Israël, agissant en dehors de tout mandat international. Ce n’est pas l’Iran qui bloque le détroit d’Ormuz mais la marine militaire des USA. Dans ces conditions, une telle menace du président français revient à légitimer le point de vue de Trump et de Netanyahu. 90% des pays du monde le refusent.</p> <p>Que feriez-vous en tant que président de la République ?</p> <p>Je me battrais pour le retrait des États-Unis et d’Israël. Je proposerais de former un front du refus, notamment avec l’Espagne, et d’y rassembler les nations opposées à cette guerre. Dans cette affaire, chacun défend ses intérêts. Celui des Français, c’est le respect du droit international. Sinon, la loi du plus fort l’emporte. Or nous ne sommes pas les plus forts !</p> <p>Quitte à se tourner vers la Russie ou la Chine ?</p> <p>Non, il faut agir avec précaution. En Europe, nous bataillons pour que les Russes se retirent d’Ukraine, on ne va donc pas les absoudre à un moment comme celui-ci. Quant à la Chine, on perdrait notre temps : elle n’interviendra pas. Il ne faut pas donner le sentiment qu’on remplace une hégémonie mondiale par une autre. Là où les Français peuvent encore être efficaces, c’est en suspendant les accords commerciaux de l’Union européenne avec Israël, et en interdisant aux États-Unis d’utiliser nos bases aériennes pour aller au Proche-Orient. Les Saoudiens déjà s’y sont mis. La seule chose qui peut stopper Trump et Netanyahou, c’est de ne pas trouver dans le monde les renforts nécessaires pour terminer leur opération.</p> <p>Patrick Pouyanné a mis en garde l’État en disant que TotalEnergies ne pourrait maintenir le plafonnement de ses prix à la pompe si son entreprise était davantage taxée. Que lui dites-vous ?</p> <p>Que ce n’est pas sur ce ton-là qu’on s’adresse à son pays qui appelle à l’aide. Je ne sais pas s’il mesure l’immoralité de son comportement. Imaginez qu’un médecin français dise « si vous augmentez mes impôts, je ne soignerai plus mes malades » ! Le salaire des gens est volé à la pompe! M. Pouyanné, et d’autres grandes entreprises, a une forme d’arrogance qui est un signe des temps. L’urgence, c’est le blocage des prix des carburants. Mais plus généralement, la grande leçon du moment est qu’il faut sortir au plus vite de la civilisation du pétrole dont les USA sont le centre au péril de toute l’humanité.</p> <p>À un moment où les grandes puissances sont de plus en plus menaçantes, à quoi ça rime de s’opposer à la Loi de programmation militaire (LPM) ?</p> <p>Cette loi peut nous permettre de remporter la bataille d’Alésia mais pas la guerre moderne. Lors des précédentes LPM, nous avons montré les limites de la stratégie de la dissuasion. Les guerres d’aujourd’hui dépendent de la maîtrise des câbles et des satellites. Le président Macron a récemment eu un éclair et a dit « la guerre de demain commencera dans l’espace ». J’étais content de l’entendre reprendre notre vision. La LPM ne le fait pas. En effet, la guerre n’est plus celle des chars et des fantassins mais celle des drones des missiles balistiques et des systèmes de communication. Il faut donc se concentrer sur notre excellence dans le domaine spatial et numérique.</p> <p>Le foyer d’hantavirus détecté sur un navire de croisière a réveillé nos souvenirs de la pandémie de Covid-19. La France est-elle préparée à ce que vous appelez les « maladies écologiques » ?</p> <p>La santé humaine est gravement percutée par le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité et par la mondialisation des circulations qui facilite les contaminations. Ce foyer d’hantavirus le prouve. Mais il y en aura d’autres. Nous avons atteint le stade où le saccage de la planète se retourne contre nous. Quand un couple sur quatre a des problèmes d’infertilité par exemple, la cote d’alerte est franchie. Nous allons donc créer dans notre programme un secteur « défi santé ». La France était naguère très puissante dans le domaine des médicaments. Il faut reconstituer un pôle public. Notre recherche médicale demeure l’une des meilleures du monde. Nous pouvons vaincre les maladies écologiques.</p> <p>Vous défendez toujours la retraite à 60 ans. Comment la financer alors que notre taux de natalité décroche de façon vertigineuse ?</p> <p>D’abord, il n’y a pas d’alternative à la retraite par répartition. De grands esprits pensent que la capitalisation va les libérer de la structure démographique du pays : ils se trompent. Il reste alors deux solutions : soit celle des réactionnaires, qui consiste à faire travailler les gens toujours plus longtemps soit la nôtre, qui consiste à partager la richesse privatisée et augmenter la population active. Ici, il y a deux voies : le recours à l’immigration et la reprise de la natalité. Or on voit bien qu’on ne peut pas ordonner aux gens d’avoir des enfants, ni penser que leur verser des chèques suffira. De même s’agissant d’immigration on ne peut traiter les gens comme s’ils étaient des pions à notre disposition. Je le dis parce que c’est trop souvent à cela que se limite les scénarios envisagés un peu partout dans le monde. Mais en France, on nage en plein délire racialiste et ce débat est bloqué.</p> <p>Vous disiez vouloir être remplacé, et vous êtes encore candidat. N’avez-vous pas trouvé de successeur à la hauteur?</p> <p>Mais j’ai été remplacé ! A la tête du mouvement, par Manuel Bompard, à la tête du groupe à l’Assemblée, par Mathilde Panot et à l’Institut La Boétie par Clémence Guetté. Sur la question de la candidature, nous en avons discuté entre nous. Nos relations sont simples, amicales. Il n’y a pas de compétitions depersonnes contrairement à tous les autres partis. Dans le contexte de guerre, de changement climatique et de crise sociale, nous pensons que les Français confieront la barre à la personne la plus expérimentée. Par conséquent, nous avons considéré que j’étais le mieux préparé. Mon expérience m’a fait servir</p> <p>dans des mandats locaux, de parlementaire européen et national, et comme ministre. J’ai vécu la fin de la France coloniale, la fin de l’URSS, la fin de la social-démocratie, à laquelle j’ai d’ailleurs contribué… C’est beaucoup d’expérience. Enfin, je m’en sens capable. C’est l’heure des caractères.</p> <p>Vous aurez 75 ans au moment de l’élection présidentielle, ce qui fera sans doute de vous le candidat le plus âgé. Est-ce un handicap? Accepteriez-vous de vous soumettre à des examens de santé pendant votre mandat ?</p> <p>Je commence par vous rassurer : je vais parfaitement bien. Je n’ai aucune maladie, d’aucune sorte, et depuis toujours. Je n’ai aucun inconvénient à me soumettre à ces examens. Je devine le désespoir que cela va répandre chez mes adversaires. J’ajoute que je suis le seul à offrir une garantie : le référendum révocatoire des élus à tous les niveaux. Si les Français observent qu’il y a un problème, ils auront la possibilité de me révoquer.</p> <p>Nombreux, y compris à gauche, vous reprochent d’entretenir l’antisémitisme. Que répondez-vous à ces critiques, et pensez-vous qu’elles fragilisent désormais vos chances?</p> <p>Je ne réponds pas à ceux qui m’insultent ! J’ai passé ma vie à combattre le racisme, sous toutes ses formes. Je suis visé par ce type d’attaques depuis que je défends les palestiniens, ce bien avant le 7 octobre. Je suis horrifié par les bombardements sur des gens enfermés dans un endroit dont ils ne peuvent sortir. Certains médias et certaines organisations ont cherché à me discréditer politiquement. Mais ces accusations ont aussi suscité un mouvement de soutien chez des personnes qui les jugent excessives et infondées. Je vois là une mécanique classique déjà utilisée contre de grandes figures de gauche comme Léon Blum, Jean Jaurès ou François Mitterrand. Il n’y a pas un leader de gauche qui n’a pas été insulté de la sorte.</p> <p>Lors de vos trois dernières candidatures, il existait encore un front républicain contre Marine Le Pen. Désormais, ils sont de plus en plus nombreux, au centre et à droite, à dire “ni RN, ni LFI”. Comment vivez- vous ce phénomène politique nouveau ?</p> <p>Seuls mes adversaires mettent un signe égal entre le RN et LFI. Pour ma part, je dis depuis 2012 : cela se terminera entre l’extrême droite et nous. Depuis des années, la société française a été émiettée, fracassée par les politiques libérales et leurs conséquences. Dès lors, le pays se radicalise entre deux choix : « chacun pour soi » ou « tous ensemble ». Nous proposons « tous ensemble » autour d’un programme de rupture que j’incarne. Je sais que la solution à nos malheurs est de rompre avec le système et tous ceux qui en souffre l’entendent bien. Cela ne réduit donc pas mes chances, au contraire, ça les augmente.</p> <p>Tous les sondages vous donnent pourtant largement perdant face au RN au second tour…</p> <p>Dois je rappeler qu’en 2022 Le Pen devait être à vingt points de moi. Comme aujourd’hui Bardella. Pour finir ce fut à peine un point ! Ces sondages n’ont aucune valeur. Ceux qui s’en réclament sont incapables de se qualifier pour le second tour. Mais en répétant ça, ils font déjà la campagne de Jordan Bardella. Pour ma part, je crois à l’intelligence des Français. Ils se demanderont ce qui est le mieux pour leur pays. Ce qui en garantit l’unité, l’équilibre, la projection sur l’avenir. Les classes moyennes instruites peuvent aujourd’hui hésiter mais, dans les moments décisifs pour le pays, elles se décident toujours d’après des principes fondamentaux qui dépassent largement les clivages politiques. Le ralliement du RN aux politiques néolibérales va beaucoup m’aider.</p> <p>A quoi ressemblerait votre gouvernement?</p> <p>Il y aura évidemment des Insoumis. Et par la force des choses, ceux qui nous auront rejoints ou aidés, et des personnalités de ce qu’on appelle la société civile — scientifiques, littéraires. Mais attention, nous serons implacables sur le respect de la parole donnée.</p> <p>Mais vous vous êtes fâchés avec tout le monde à gauche…</p> <p>Je veux être clair sur un point : ce n’est pas moi qui suis fâché avec eux, ce sont eux qui sont anti-mélenchonistes du matin au soir. Ce sont eux qui ont comme seul programme d’être anti-LFI. Ce n’est pas moi qui suis anti-écolo ou anti- communiste. Qui les a fait élire? En 2022, ce sont les Insoumis qui ont proposé de faire la Nupes alors que le PS était à 1,7%. Nous avons créé des candidatures uniques dans chaque circonscription, ce qui était sans précédent dans l’histoire de la gauche. Et nous avons recommencé en 2024 avec le Nouveau Front populaire. On me le reproche parfois !</p> <p>Vous proposez un accord législatif aux écologistes et aux communistes. Les deux formations n’ont pourtant pas l’intention de vous soutenir…</p> <p>Il faut un peu de patience. Chez les écologistes, certains disent déjà que, si la primaire ne fonctionne pas, ils seraient prêts à négocier un “accord honorable” avec les uns ou les autres. Nous sommes prêts à nouer cet accord. Du côté des communistes, leur congrès du mois de juillet éclaircira les choses. Aucun texte présenté ne dit explicitement qu’il faut un accord avec LFI, mais on y parle d’un “pôle de la radicalité”. Ça n’existe pas sans nous. Il faut néanmoins respecter les discussions internes et attendre que les situations se décantent. Notre objectif n’est pas d’absorber d’autres forces. Ils est mieux qu’elles existent par elles- mêmes et qu’elles puissent convaincre dans leurs milieux. Un bon usage de Mélenchon vaut mieux que le suicide anti LFI.</p>]]></content:encoded>
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<title>Lettre au peuple de France</title>
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<pubDate>Tue, 05 May 2026 12:18:35 +0000</pubDate>
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<content:encoded><![CDATA[<p>Mes chas compatristes!</p> <p>Dans moins d’un an, ce sera le second tour de l’élection présidentielle. Vous en prévoyez l’importance. Vous connaissez le bilan destructeur du président qui s’en va. Liberté et partage des richesses ont tant souffert ! Tournons la page. C’est le sens de ma candidature à l’élection présidentielle. Je vous propose de me parrainer. Pour vous en convaincre, je veux résumer mon analyse du moment actuel et vous proposer un futur différent.</p> <p>Nous entrons dans une saison agitée de l’histoire du monde. Un dérèglement profond du climat et du vivant s’accélère. L’eau, l’air, la biodiversité sont des biens communs en péril. Toute la civilisation humaine va être mise à l’épreuve. Or, nous sommes déjà menacés d’une guerre généralisée. Ces défis sont sans précédent. La France n’est pas préparée pour cette situation. L’État, les services publics et la Sécurité sociale qui la structurent ont été dévastés par les politiques libérales. À présent, les uns se sont enrichis plus que jamais et ils refusent leur juste contribution au bien commun. Les autres ont été spoliés de leurs efforts et des acquis des générations précédentes.</p> <p>Tout semble mis en cause. La vie chère s’est installée, obligeant aux privations. La pauvreté, la précarité, la faim accablent des millions de personnes dans l’Hexagone et en Outre-mer en particulier parmi les femmes et les jeunes. La souveraineté agricole et industrielle a été bradée aux fonds financiers qui mènent le monde. Des débats majeurs sont rendus irrationnels comme sur la sécurité ou la laïcité. Bref : la pagaille au sommet de l’État, le marché partout, la hargne, la cupidité, la corruption, ont désarticulé notre pays.</p> <p>Les dominants et des médias ont semé des haines religieuses et racistes pour diviser le peuple ! Ils craignent sa mobilisation pour la dignité, contre les salaires insuffisants, les logements chers et souvent indignes. Voyez le harcèlement médiatique et les répressions brutales contre les critiques de ce système ou les antifascistes. Voyez partout l’abaissement moral des autorités de l’État. Honte au président quand il nie le résultat des élections législatives ! Où sont alors l’état de droit et la démocratie ?</p> <p>Enfin, comment ne pas être affligés par le déclin du pays sur la scène internationale ? La France doit se dédier à la Paix ! L’inaction contre le génocide à Gaza, l’invasion du Liban ou la guerre illégale contre l’Iran sont des exemples de complicité avec la loi du plus fort. Le droit vaut en Ukraine comme au Moyen-Orient.</p> <p>Mais faire tout l’inverse est possible. Consacrons la gestion de notre pays au progrès écologique et social ! C’est le sens du programme L’Avenir en commun porté par ma candidature.</p> <p>Je me présente entouré d’une équipe soudée prête à gouverner. Ses compétences sont reconnues. Nous n’avons rien à voir avec le chaos des rivalités personnelles qui déchirent toutes les autres formations politiques.</p> <p>Non, cette élection n’est pas jouée d’avance. Mais il faut se mettre au travail plutôt qu’à la dispute. Nous l’avons déjà fait avec succès. En 2022 on m’annonçait vingt points derrière l’extrême droite. À peine un point nous a privés du second tour. En 2024 tous les sondages nous donnaient derniers. Nous avons été premiers. Et en 2027 ? Si nous convainquons au premier tour, nous gagnerons au deuxième.</p> <p>L’heure du grand changement est venue. Faisons vivre une nouvelle France rassemblée sur des objectifs nationaux conformes à l’intérêt général humain. C’est le moment d’une révolution citoyenne. Passons à la Sixième République. Donnons le pouvoir au peuple avec le référendum d’initiative citoyenne et le droit de révoquer aussi tout élu.</p> <p>Nous voulons le progrès social par les salaires, le temps libéré, la qualité du travail salarié, l’autonomie dans sa vie, l’émancipation des femmes.</p> <p>Assumons les nouveaux défis de la condition humaine : la dénatalité, le grand âge, la santé. Oui, la santé car une cause écologique et politique est à l’origine de cancers, d’infertilité, de maladies chroniques… Construisons une société d’harmonie entre les humains et avec la nature. Deuxième territoire maritime du monde, première puissance spatiale européenne, actifs dans l’intelligence artificielle et pour la souveraineté dans le stockage de données numérisées : ayons l’ambition de projets aux frontières du possible. Avec la planification écologique, nous entrerons dans ce futur sans saccager.</p> <p>Au fond, la France brille quand elle donne la priorité aux sciences et à la culture par l’éducation pour tous. Quand elle prend le parti de la solidarité, de l’égalité, du respect intransigeant de la dignité individuelle dans tous les aspects de l’existence.</p> <p>Chers compatriotes, une meilleure vie est possible. Préparons-la maintenant !</p>]]></content:encoded>
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